«J'aime ça, quand les gens me suivent sur le terrain. On dirait que j'excelle dans ce temps-là.»
Antoine Jasmin venait de terminer son incroyable ronde de -12, mardi, et ainsi remporter le Duc de Kent, quand il nous a confié apprécier être entouré de spectateurs lors d'une compétition. Pourtant, celui qui a déjà été couronné champion junior provincial, avait débuté sa journée pratiquement incognito, seul avec ses partenaires de jeu Zach Pageau et Thomas Robert.
La foule, bien sûr, s'amoncelait autour du dernier trio, les meneurs du moment, à savoir Malek Dao, Émile Lebrun et William Forgues. Avec ces jeunes si habiles avec un bâton de golf, le spectacle promettait.

Mais voilà qu'en jetant un coup d'œil au classement, on remarque qu'il y a un joueur, parti pas mal plus tôt que le dernier groupe, qui aligne les birdies les uns après les autres. Première réaction, ce Antoine Jasmin tiendra-t-il le coup? Pourra-t-il continuer sur cette voie ou flanchera-t-il sous la pression?
On va ainsi le rejoindre au 12e trou alors qu'il vient de réussir, au onzième, un birdie qui lui procure une marque de -7. Sa balle est alors dans le bunker bordant le vert. Il s'élance et se retrouve sur le vert, assez loin de la coupe. Mais
il réussit son coup roulé pour la normale.
Il nous racontera plus tard que ce roulé, qui lui a permis de rester dans le coup, l'a motivé, a rehaussé son niveau de confiance.
Puis au 14e trou, après un coup de départ canon au beau milieu de l'allée, il frappe un coup de fer parfait et sa balle se retrouve à une dizaine de pieds du trou. Il enfile le eagle. Le voilà à -9!
Là, pas de doute, il se passait quelque chose d'extraordinaire avec ce golfeur. Visiblement, il était sur une lancée et rien ne semblait pouvoir l'arrêter.
Pendant ce temps, les échos de sa performance se propageaient sur la parcours Royal du Royal Québec. Alors quelques curieux s'amènent. Petit à petit, un petit groupe de spectateurs l'entoure, au plus grand plaisir d'Antoine Jasmin.
Il se met alors à exécuter des coups flamboyants. Au 16e, une courte normale 4 que plusieurs joueurs atteignent le green en un avec leur driver, lui, pour sa part, frappe un bois 3. Sa balle tombe à quelques mètres devant le vert. Une approche solide et sa balle finit sa course à quelques pouces du trou pour un autre birdie.

Puis au 17e, même chose: excellent coup de bois 3 pour rester dans l'allée, excellent coup de wedge et excellent coup roulé et encore un birdie. Il est à -11!
Au dernier trou, un par 5, il frappe une bombe avec son bois 1 et sa balle se retrouve dans le fairway. Un coup de fer et il se retrouve sur le vert pour un très long putt qui lui procurerait un autre eagle. Mais deux putts pour le birdie suffisent. Et il vient de démolir des records.
La meute
Ce fut incroyable, ce fut spectaculaire! Oui, tout un spectacle!
Antoine Jasmin a fait preuve de grande maîtrise, d'assurance totale, d'un sang froid exceptionnel. Bien d'autres auraient craqué en sachant qu'ils jouaient la ronde de leur vie. Il lui fallait des nerfs d'acier pour garder un tel rythme.
Ce joueur talentueux (il a fait partie de l'équipe internationale junior lors de la dernière Coupe des Présidents à Montréal) a sa place dans la meute. La meute de jeunes loups dont on parle régulièrement lors de tournois majeurs au Québec.
Ils se pointent aux épreuves avec tous une aura de champion; ils se réchauffent au vert de pratique ou au driving range, écouteurs plantés dans les oreilles, concentrés comme pas un; ils ont la plupart du temps un fer en main, même sur les tertres de départ des longs par 4; ils ont la force de leur jeunesse et la détermination de félins affamés…
Dans ces gros tournois amateurs, on a l'impression d'assister à une épreuve de juniors tellement ils sont nombreux ces jeunes pleins de talents.
Mardi, pendant qu'Antoine Jasmin évoluait sur les allées, sa mère Carole-Anne précisait que son fils n'était pas juste bon au
golf, qu'il était aussi une bonne personne. Nous l'avons constaté lors de l'entrevue qui a suivi. Il répondait poliment aux questions, généreux en commentaires, sympathique.
Une attitude que l'on constate chez la majorité des autres jeunes compétiteurs et c'est tout à leur honneur.
Plus loin?
Cette tendance de ces jeunes athlètes dominant les compétitions n'est pas vraiment nouvelle. Depuis une dizaine d'années, elle s'inscrit dans l'univers golfique québécois.
Débarquant la plupart des institutions scolaires américaines, les Vincent Blanchette, Joey Savoie, Étienne Papineau, Brandon Lacasse ou encore les frères Ménard (Raoul et Émile) dominaient à ce moment-là les compétitions. Aujourd'hui, certains flirtent avec les grands circuits.
Est-ce que la meute actuelle ira plus loin? L'éternelle question: à quand un golfeur québécois sur le PGA Tour?
Que répondre si ce n'est de rappeler qu'Antoine Jasmin a joué 60 (-12) mardi au Duc de Kent?








