À en croire les témoignages, l'humilité et la discrétion émanaient de cet homme. Neil Haworth, un grand architecte de golf parti trop tôt, parti incognito, a laissé derrière lui des chefs-d’œuvres de terrains de golf partout dans le monde et, surtout, le souvenir d'un homme bon et talentueux, et celui d'un véritable artiste.
La semaine dernière, le club de golf St-Hyacinthe inaugurait, lors d'une cérémonie officielle, les toutes nouvelles installations et réalisations effectuées ces dernières années sur le parcours. Neil Haworth a été l'artisan de ces changements majeurs mais, malheureusement, emporté par un cancer (pancréas) en juin dernier, c'est en son absence que l'inauguration s'est tenue.
Car celui dont la majeure partie de sa carrière s'est déroulée à l'international comme architecte de golf, a fait ses débuts dans ce sport à Saint-Hyacinthe. Le bon joueur junior qui a par la suite fait le saut comme adjoint à la boutique du pro avant de se lancer dans une carrière de designer de terrains de golf, a toujours eu en haute estime ce club de golf. Ainsi, quand il y a quelques années, lorsque la direction du club a lancé son plan pour donner un nouveau look au parcours, le choix de l'architecte Neil Haworth s'est fait tout naturellement.
«Nous avons toujours eu la chance de compter sur Neil, rappelle le dg du club Bruno Chicoine, à chaque fois que l'on prenait l'initiative de modifier et d'améliorer le terrain. Quand on a lancé notre projet majeur en 2022, projet visant la réfection de plusieurs trous, il était tout à fait naturel de se tourner vers Neil. Contrairement à ce qu'il a été écrit et dit peu après son décès, Neil n'a pas réalisé ce projet en formule «pro bono». Certes, il nous a fait un très bon prix mais le club a su le rémunérer en conséquence.»
Au-delà de cette précision à apporter, M. Chicoine se dit privilégié d'avoir pu côtoyer un individu aussi doué et dévoué.
«Je n'étais pas aussi proche de lui que d'autres membres du club qui l'ont connu dès son arrivée chez nous comme junior, précise-t-il, mais compte tenu de notre récent projet, j'ai été près de lui ces dernières années. Et je retiens que c'était tout un artiste. Discret, humble et très professionnel. On lui expliquait nos attentes, il écoutait d'un air distrait et puis bang!, quand il nous amenait les plans, on était subjugués, c'était tout simplement impressionnant! Il avait fait exactement, sinon mieux et plus, ce qu'on attendait de lui.
«C'était le gars qui entrait par la porte d'à côté, poursuit M. Chicoine, tellement il était réservé et discret. Il était d'une écoute étonnante. Son travail était impeccable, jamais il ne cherchait à dénaturaliser les lieux malgré les changements qu'on lui demandait. Il était toujours ouvert aux idées et il savait s'adapter et toujours prendre en considération tous les niveaux de joueurs quand il s'engageait dans un projet.»
Sa discrétion légendaire a fait en sorte que son état de santé déclinant n'a été connu qu'à peine quelques semaines avant son décès. Quand les gens l'interrogeaient sur le fait qu'il maigrissait, il répondait qu'il faisait attention à son alimentation plutôt que de révéler la triste réalité qui le frappait.
«Il ne voulait pas mourir, mentionne Michel Desautels, un ami de longue date. Il n'avait que 63 ans, tout de même! Alors il travaillait sans arrêt malgré la maladie.»
C'est ainsi qu'il a conclu, peu avant sa mort, les travaux d'amélioration au club de St-Hyacinthe, qu'il en a fait autant au club St-Raphaël dont il a été l'un des architectes créateurs des parcours à l'origine, même chose à Pinegrove et à la Vallée du Richelieu où il a conçu l'aménagement du centre d'entraînement de la nouvelle académie.
Sa discrétion venait avec un humilité remarquable. Pourtant, sa feuille de route est impressionnante. Avec sa firme Nelson and Haworth, le Montréalais d'origine a signé plusieurs parcours en Asie, plus particulièrement en Chine. Certains de ses terrains figurent dans les top 100 de quelques répertoires internationaux.
Lors d'une entrevue avec lui en 2020 , il nous informait avoir réalisé plusieurs projets à Singapour, en Corée du sud, au Japon, aux Philippines, en Thaïlande ou encore au Vietnam. Il disait d'ailleurs que c'est principalement au Vietnam que se développe actuellement le golf dans le monde. Et il était l'un des artisans de ce développement.
Il est donc parti à l'âge de 63 ans le 17 juin dernier. Dans la discrétion, évidemment, d'autant plus qu'à cette période, le monde du golf québécois était marqué par le décès de deux autres acteurs, soit M. Sébastien Denis, directeur général du club Farnham, et Alain Simard, pro et dg au club Bellechasse.
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